Notre première semaine en Bolivie.
Mardi 8 mai, nous entrions en Bolivie après avoir quitté définitivement l'Argentine. Notre but : y effectuer un premier séjour avant de rejoindre le nord du Chili, histoire de prendre le "pouls" du pays... et y revenir ensuite par l'extrême nord chilien.
Le passage de la frontière s'est effectué sans encombres mais nous avons d'emblée relevé la plus grande pauvreté du pays: porteurs pliants sous le poids de sacs de marchandises, petit métiers plethoriques, faible coût de la vie (un menu complet dans une gargote revient à 10 Bolivianos, soit 1 euro), mendiants plus nombreux...
La Bolivie semble aussi avoir la côte auprès des Français, que nous avons rencontrés en grand nombre. Ainsi, dans le bus reliant la frontière à la bourgade de Tupiza, nous avons fait la connaissance d' Anne et de Yoann... Heureusement qu'ils étaient là pour nous faire oublier le confort des bus argentins et les routes asphaltées ! Nous avons ainsi passé une semaine ensemble, débutée à Tupiza. Au programme de ce superbe coin de nature: randonnées pédestres et équestres, petits restos et échanges d'expériences sud-américaines.
Pour rejoindre Potosi, notre 2ème étape, nous avions réservé 2 sièges dans le bus de 10h. Bien sûr, ce dernier est parti en retard... Cette attente imprévue nous a permis de redécouvrir la vie trépidante d'une gare routière, chacune étant une "mini-Bolivie" à elle seule: les paquets mal ficelés attendent d'être chargés, les rabatteurs des compagnies de bus scandent "Potosi, Potosi, Po-to-si !", les vendeuses de mandarines montent inlassablement dans les bus en partance, la "dame-pipi" plie et empile infatigablement des feuilles de papier-toilette rose et quelques touristes regardent machinalement leur montre. Bref, ce microcosme grouillant fait le bonheur des voyageurs impatients !
Les trajets de bus rendent le pays bien plus grand qu'il ne l'est en réalité;Tupiza-Potosi nous le rappela durement : 7h de piste poussiéreuse, virages sur virages, musique abrutissante (malgré les bouchons d'oreilles !), passagers en surnombre dans l'allée centrale, odeurs multiples et pas forcément agréables, ... et pour couronner le tout, nous avons récupéré nos sacs dans un état ignoble (essence, graisse, poussière: cool...!) alors qu'on ne les avait pas salis en 8 mois ! Bref, nous étions bel et bien en Bolivie !
Après cette liaison éprouvante, nous retrouvions comme convenu Capucine et Sylvain, rencontrés fin mars en Patagonie, à leur hôtel "la Compagnie de Jésus" (ça ne s'invente pas!). Eux même avaient sympathisés avec deux autres françaises et c'est donc en "groupe organisé" (qui a dit que nous voyagions en routards ?) que nous avons passé les jours suivants, de Potosi à Sucre (prononcez Soucré).
Cette première semaine nous a fait découvrir plusieurs aspects de la Bolivie dont on ne soupçonnait pas le formidable patrimoine culturel au travers de 2 villes classées par l'UNESCO:
Potosi, d'abord, seule ville d'Amérique du Sud élevée au rang de "cité impériale" par Charles Quint, et Sucre, ensuite, la capitale constitutionnelle et juridique de la Bolivie, toutes deux joyaux d'architecture coloniale.
A Sucre, on déambule de places en rues étroites, de couvents en églises et demeures coloniales imposantes, tous et toutes peintes d'un blanc immaculé. Balcons en fer forgés et portails baroques soulignent cet ensemble soigné. Bref, à 2790m d'altitude, il fait bon se reposer à Sucre, lire dans l'un des nombreux parcs en laissant sa peau chauffer doucement sous le soleil, ou déguster un jus frais à l'ombre des arcades romantiques du couvent Recoleta.
A l'inverse, Potosi se laisse moins facilement apprivoiser, étagée à plus de 4000m et cernée par les quartiers pauvres des mineurs. Le triste tribut de ces derniers a fait la réputation mondiale de la ville au XVIème siècle, alors la plus riche du monde. En 1545, lorsqu'un indien dévoila à un conquistador espagnol les richesses du Cerro Rico ,il ouvrit, sans le savoir, la voie à l'une des exploitations les plus meurtrières de l'Histoire.
Cette "montagne riche" recelait tant d'argent qu'on aurait pu en paver une route à double voie reliant Potosi à Madrid ! Les rois catholiques ne s'y sont pas trompés : ils utilisèrent les arrivées massives d'argent pour asseoir davantage leur pouvoir.
8 millions d'Indiens, et même des Africains (amenés dans le cadre du triste commerce triangulaire) périrent dans les mines de Potosi, à la suite d'accidents, de maladies liées à l'usage du mercure, de fatigue ou de faim.
Aujourd'hui, 6 000 Boliviens travaillent encore dans les mines, pour en extraire du zinc ou de l'argent. Leurs conditions de travail sont dignes de Germinal, pour un salaire journalier compris entre 6 et 10 euros (dont il faut deduire l'achat de la dynamite etc). Plus qu'ailleurs, les mineros recourent aux feuilles de coca, culture typiquement andine, pour leur couper la faim. Quand on sait que l'espérance de vie au fond n'excède pas 20 ans, et que l'on voit des enfants de 15 ans y descendre, on mesure le chemin qu'il reste à parcourir à la Bolivie pour améliorer le sort de sa population.
Mais heureusement, la Bolivie, c'est aussi le folklore et les couleurs sont sans doute là pour compenser la dure vie des ses habitants.
Si les marchés sont un pur bonheur pour le photographe amateur, ils constituent aussi une base de la vie sociale bolivienne: on y discute, y achète fruits, légumes et viande séchée... C'est le cas tous les dimanches à Tarabuco, paisible village aux rues pavées situé à une soixantaine de kilomètres de Sucre. La génération des anciens arbore le poncho long ainsi qu'un chapeau de cuir rappelant le casque des conquistadores. Sur leur dos, ils portent un sac en laine tissée... 
On dit qu'à Tarabuco se fabriquent les plus beaux tissus de Bolivie...
Mais le clou de notre semaine fut le spectacle du Tinku, à Potosi. A la base, le tinku est un combat rituel opposant deux communautés et dont le but est de pacifier les relations pour le reste de l'année. L'issue en est parfois mortelle pour l'un des combattants. Ce que nous avons vu fut une joute folklorique à l'échelle nationale. Chaque délégation présentait une danse qui se terminait en combat mimé. Il fallait voir l'ambiance survoltée qui régnait parmi le public familial massé dans le gymnase... tambours, sifflets, confettis, trompettes étaient de mise ! 
Au final, une explosion de couleurs, des costumes de toute beauté et des sourires sur toutes les lèvres...C'est aussi cela la Bolivie.