De l'Or des Incas aux Dollars des Péruviens.
Parce que nous sommes en fin de voyage, parce que nous avons pris le temps de nous reposer dans certains endroits sympathiques mais également à cause des ascensions en montagne de Loïc et de la venue d'Elodie, la durée de notre séjour au Pérou, dernier pays sud-américain de notre tour du monde devait être inéluctablement raccourcie.
Jusqu'à présent, nous avons tenu notre itinéraire en temps et en heure, même si le voyage se définit également par une liberté de choix
et de destination, mais les deux semaines restantes semblaient bien courtes pour un pays aussi diversifié que le Pérou.
Nous
avons donc décidé d'aller à l'essentiel et d'abord vers Cuzco, ancienne capitale inca et aujourd'hui ville coloniale superbement restaurée et
entretenue.
Au coeur de la vallée sacrée des Incas, où l'on trouve de nombreux vestiges de cette civilisation, des ruines de Pisac au merveilleux Machu Picchu, Cuzco se place incontestablement comme
l'une des plus belles villes d'Amérique du Sud
. Ici, certaines ruelles pavées sont étroites, les maisons coloniales aux balcons en bois sculptés sont
régulièrement repeintes, certains couvents sont bâtis sur de vieux murs incas, reconnaissables à leurs grosses pierres s'imbriquant parfaitement,
et les églises et cathédrales, typiquement
espagnoles, sont merveilleusement restaurées. Bref, Cuzco est une ville d'exception.
Mais tout ceci a un coût pour les touristes et si l'Etat péruvien semble investir beaucoup d'argent dans la conservation de ce patrimoine, il s'y retrouve largement, tant auprès du voyageur en groupe organisé que du routard au long cours. On s'explique au travers d'un exemple : les entrées de la plupart de ces sites sont incluses dans un " bolleto touristico " dont le prix, déjà élevé, a doublé par rapport à ce que nous avions dans notre guide.
Et que dire du prix du train, partant du nombril du monde (Cuzco) pour la cité perdue des Incas (Le Machu Picchu): 3 h de trajet vendues au prix de 78 US Dollars (60 euros; tarif en classe "économique" qui permettrait normalement de traverser la moitié du
continent en bus !). Si on vous dit que les Péruviens paient, eux, leur ticket 4 euros, vous comprendrez mieux la politique touristique instaurée ici.
A cela s'ajoute encore l'entrée du site à 40 USD (30 euros) ce qui porte à près de 120 USD par personne la visite de quelques heures des ruines (insistons, ce ne sont que des
ruines !) incas les plus célèbres du monde. Forcément, ça calme un peu les ardeurs !
Certains nous diront qu'un tel site, actuellement en course pour devenir l'une des 7 merveilles du monde moderne, vaut bien un tel
sacrifice financier...mais il faut savoir que le Pérou a pensé à tout pour mettre les touristes à genoux:
- L'accès au Machu Picchu se
fait en train, pour conserver le monopole de la société PeruRail. Les autorités ont ainsi volontairement négligé la construction d'une route qui permettraient le transport routier, moins coûteux,
et bénéficiant à la population locale.
- Pour monter jusqu'au dit site, une piste très raide à 12 USD l'aller-retour en navette.
- Vous nous direz, faut y aller à pied ! Et bien le trek de l'Inca (marche de 4 jours empruntant d'anciens chemins incas) permettant d'atteindre les ruines, ne peut plus être
entrepris seul et doit se faire par le biais d'une agence officielle: 200-250 USD minimum !
- On avait bien pensé trouver un petit chemin par derrière, discret... : impossible ! A moins d'être champion du monde d'escalade !
- Aucune indication n'est présente sur le site, pas un panneau, pas une ligne ! C'est plus pratique pour forcer les touristes à recourir aux services d'un guide! Et allez, encore 20 USD!
- Enfin, une loi interdit d'amener de la nourriture sur les lieux.... Et puis quoi encore ? Basta !
Alors voilà, nous avons payé...(si, si !) Mais on a quand même réussi à avoir le tarif réduit ! (Emilie tient à sa réputation ! Surtout ici!). Certes le Pérou est un pays beaucoup plus
pauvre que nos riches nations européennes et utiliser son patrimoine à des fins économiques peut sembler honorable, mais comment ne pas s'insurger devant de telles disproportions et une hausse
des prix si rapide ? Nous avons visité d'autres pays pauvres, comme le Cambodge et ses temples d'Angkor et nous n'avons pas eu ce sentiment d'être volés de manière légale; par exemple, à Angkor,
pour 40 USD, on visite le site, bien plus grand, pendant 3 jours. Au Machu Picchu, pour y passer 3 jours, il faut payer 3 fois !
Bref, après la caisse, on peut enfin profiter de cette petite merveille: à la fois un formidable témoignage d'une civilisation
précolombienne, mais aussi un cadre naturel exceptionnel.
Mais au fait, que signifie "Machu Picchu " ? Tout simplement, "montagne ancienne" en quechua... ! Le site est dominé par "Huayna Picchu", la "montagne jeune", pic
vertigineux.
Ici, la végétation est plus tropicale, généreuse (tout comme les moustiques!). Tout est vert, humide; on parle de "jungle d'altitude".
Pour la petite leçon d'histoire (rassurez-vous, c'est bientôt les grandes vacances !), le site fut occupé au XVème siècle, sous le règne de Pachacútec... et fut redecouvert en 1911 par
l'archéologue américain H.Birgham. Enfin, redécouvert si l'on veut, puisque les Indiens eux n'avaient pas perdu de vue l'existence de ces ruines où deux familles vivaient encore au début du XXème
siècle. De nos jours, seuls quelques alpagas y résident, mais ce n'est pas leur milieu naturel.
Au final, on ne sait pas grand chose du Machu Picchu et les suppositions sont nombreuses. Mais cet aspect énigmatique participe du mythe de la cité perdue.
Toujours est-il que cette ville pouvait abriter entre 1200 et 1800 personnes, visiblement le souverain inca et sa cour, ainsi que tous les
services qui y sont attachés. On distingue un quartier "chic", supérieur, fait de maisons en pierres parfaitement jointes (pour les édifices religieux et les notables) et une zone
inférieure où les murs sont plus grossiers,: c'est là que résidaient les agriculteurs, vivant à côté des terrasees cultivées.
Dans le quartier des temples, au sommet de la cité, on remarque l'Intiwatana, c'est-à-dire le "lieu où l'on attache le soleil". C'est un promontoire pyramidal qui aurait servi
d'observatoire astronomique. D'ailleurs, lors du solstice d'été, le soleil y perce par un trou dans une pierre: trop forts ces Incas!
Au final, déambuler entre ces ruines si photogéniques et remarquer l'ingéniosité des Incas fut pour nous une expérience inoubliable.
Allégés en dollars mais pleins d'émotions, nous avons ressenti ce jour là le sentiment que notre voyage se terminait ici...et que nous pouvions alors revenir à la maison, heureux d'un
"devoir accompli".