Iorana Rapa Nui
Nos premiers jours sur le continent sud-américain, 4ème et avant-dernier de notre voyage, se sont inscrits dans un cadre spatio-temporel indefini. Tout juste débarqués a Santiago du Chili, nous nous sommes envolés mercredi 7 mars 2007 pour l'île de Pâques afin d'y séjourner une semaine.
A peine la montre réglée sur l'heure chilienne, nous l'avons de nouveau reculée de 2h pour la caler sur l'heure, pourtant ralentie, de cette île miniature. Passons sur le changement d'heure de ce week-end ... Tout le Chili avait changé d'heure, sauf nous, car personne ne nous avait prévenus... Nous n'avons compris que mardi pourquoi tous les commerces étaient fermés à 9h...En fait, il était 8h ! Il est vrai que les cloches de l'église sonnaient à 13h... au lieu de midi. On aurait dû s'en douter !
Bref, l'île de Pâques, c'est un confetti de 173km2, égaré dans les eaux du Pacifique, à 3800 kms des côtes chiliennes: c'est l'un des endroits habités les plus isolés de la planète !
Alors que nous pensions débuter ici notre périple sud-américain, nous sommes en fait revenus en Océanie, et plus particulièrement en Polynésie. Car si l'île se nomme officiellement "Isla de Pascua" (en espagnol), c'est parce qu'elle appartient au Chili depuis 1888. Mais ici, on est bel et bien a "Rapa Nui". Ce nom, comme tous les autres toponymes de l'île, dit bien l'appartenance polynésienne des Pascuans. C'est d'ailleurs des îles marquises que seraient venus les premiers habitants de l'île, vers l'an 400. Mais les fleurs, joliment portées dans les cheveux ou en collier le rappellent aussi. Après tout, Tahiti n'est qu'à 4100 kms !

Fraîchement débarqués sur le tarmac, le sourire aux lèvres, notre première impression fut d'être arrivés sur une île tropicale: 30 degrés, ciel bleu et soleil vif malgré une légère moiteur, manguiers et bananiers, ambiance "détente", sourires généreusement distribués. Chacun se salue " Iorana ". Nous avions atterri au paradis.
Mais Rapa Nui, s'est vite révélée comme une île sauvage et c'est ce qui nous a conquis. Ici, pas de pub, quelques voitures (mais beaucoup de chevaux), une seule route, un village (Hanga Roa, 3 800 âmes), 2 plages à peine (mais quelles plages !), et très peu de touristes. Ajoutez à cela les fameux moai (prononcer moaille), ces statues mégalithiques de roche volcanique et vous obtenez tout le charme de ce musée à ciel ouvert auquel on succombe sans sourciller.
L'île est truffée de pétroglyphes (pierres gravées), de fondations d'anciennes maisons-bateaux, de moai renversés (durant les conflits du XVIIIème-XIXème siècle), d'ahu (plates-formes cérémonielles)...


Nous n'avons pas attendu longtemps avant de découvrir l'île et ses énigmatiques habitants. Néanmoins, c'est au rythme de nos muscles que nous avons souhaité le faire. Quel plus beau cadre pour une randonnée que le Grand Océan déchaînant sa houle puissante sur des côtes déchiquetées, ou les pentes douces et verdoyantes d'un volcan ? Quelle plus belle surprise qu'une rangée de moai dressée face à nous, faisant dos à l'océan comme pour nous saluer ? Depuis des siècles ils sont là, sur leurs ahu, coiffés d'un pukao (évoquant le chignon polynésien). Représentants d'importants ancêtres, ils veillent sur leur descendance.
Beaucoup de questions rôdent encore autour de ces statues: pourquoi exactement ont-elles été renversées ? Comment ont-elles été transportées depuis la carrière jusqu'à leurs emplacements (quand on sait qu'elles pèsent parfois plus de 100 tonnes et que plusieurs semaines ont été nécessaires aux restaurateurs pour les mettre debout, malgré l'utilisation de gros moyens ? Beaucoup de théories tentent d'y répondre, mais elles ne font qu'entretenir le mystère. Ce ne sont certainement pas les tablettes rongo-rongo qui livreront le secret. Ces "lignes de récitation" sont peut-être l'aspect le plus énigmatique de l'île, puisque personne aujourd'hui ne sait déchiffrer cette écriture inversée.

L'île de Pâques, c'est donc un monde à part, un microcosme singulier par ses légendes, son histoire, sa culture. C'est un petit bijou, à l'abri du tourisme de masse, qu'il faut préserver a tout prix, quitte a ne jamais en percer le secret. En tout cas, nous y avons passé d'excellents moments, uniques, tout en étant conscients de notre chance, celle de fouler le sol de cette île découverte par un Européen le dimanche de Pâques de l'année 1722.